HISTOIRE

HISTOIRE DE LA VALLEE DE LA LEVRIERE

Pierre qui tourne vers Bézu-la-Forêt

croix percée vers Neaufles st Martin - On aperçoit le château de Gisors à travers la croix.

Un lieu de vie dès la préhistoire

On sait que la vallée fut dès la préhistoire un foyer de peuplement, comme le montre l’abondance des pierres taillées trouvées dans les champs et les chemins.

 

L'époque Gallo romaine

L’époque gallo-romaine y a vu l’implantation de domaines agricoles et de villages, comme celui de Mainneville, dont le nom viendrait de Magna Villa, et la création de mares telles celles que l’on peut encore voir, et dater, en forêt de Lyons.

 

Le Moyen Âge : une période intense et mouvementée.

Certes les féroces Normands n’ont pas remonté la Lévrière sur leurs drakkars, mais on peut imaginer qu’ils ont semé la terreur alentour, jusqu’à ce qu’en 911, pas bien loin de là, à Saint-Clair-sur-Epte, le roi de France cède à leur chef Rollon ce qui deviendra le duché de Normandie.

Accalmie de courte durée. La frontière entre le royaume de France et le duché de Normandie est toute proche et des escarmouches entre les deux parties sont fréquentes. Et ne font que croître et empirer quand le duc de Normandie, Guillaume le Conquérant, fier descendant de Rollon, soumet l’Angleterre en 1066 à la bataille d’Hastings, faisant de son royaume un des plus puissants d’Europe. Dès lors, l’Epte traçant la frontière entre le Vexin français et le Vexin normand, notre région passa alternativement sous domination française, et sous domination anglaise.

Un des fils du Conquérant, le roi anglais Henri 1er Beauclerc, meurt à Lyons-la-Forêt en 1135, après avoir mangé, dit-on, des lamproies avariées. A moins qu’il ne soit mort à Saint-Denis-le-Ferment, et que son corps ait été transporté ensuite à l’église Saint-Denis de Lyons, comme certains le pensent.

Le 21 janvier 1189, le roi de France Philippe Auguste et Henri II roi d’Angleterre réconciliés pour l’occasion, se mettent en branle pour la troisième croisade.

La croix percée qui s’élève toujours à Neaufles-Saint-Martin marquerait, selon une légende, l’emplacement sur lequel les souverains jurèrent, sur l'Evangile, de s’engager pour la croisade.

 

Des personnages et des péripéties romanesques

Maurice Druon dans sa célèbre saga Les Rois maudits, met en lumière plusieurs person- nages ayant vécu dans la vallée.

 

Enguerrand de Marigny

Né à Lyons-la-Forêt, il fut le gardien du trésor et le chancelier du roi Philippe le Bel qui lui accorda le territoire de Mainneville et les six autres villages de la forêt de Bleu. À la mort du roi, il fut accusé à tord de prévarication, puis de sorcellerie. Il renonça à se défendre en constatant que son propre frère, l’Évèque Jean de Marigny, comptait parmi ces principaux accusateurs. Il finit, mal, au gibet de Montfaucon où son corps resta exposé deux ans avant que sa mémoire soit finalement réhabilitée. Sa dépouille fut transportée en 1335 dans la collégiale d’Écouis qu’il avait fondée. Elle y reposa jusqu’à ce que les Révolutionnaires détruisent son tombeau.

Clémence de Hongrie: la reine douce

La seconde épouse de Louis X le Hutin, le fils et successeur de Philippe le Bel sur le trône de France, reçut en cadeau de son mari « des maisons et manoirs d’Hébécourt, Saint Denis de Fermans, Wardes, Mainneville, et les forêts de Lyons et de Bray » que le roi avait confisquées au puissant Enguerrand de Marigny, disgracié et condamné. Recevoir les biens d’un pendu ne plaisait guère à la jeune reine, mais la mémoire d’Enguerrand réhabilitée et le remord venant au Hutin, une partie de ces précieux territoires revinrent aux Marigny.

Blanche de Navarre : la reine blanche

Les fils de Philippe le Bel étant morts sans laisser d’héritiers mâles, le trône échut à un cousin issu d’une autre lignée: Philippe de Valois. Celui-ci, vieillissant, voulut consolider sa royauté contestée en mariant son fils Jean le Bon, devenu veuf, à une descendante de l’illustre Saint Louis, la ravissante Blanche de Navarre (également dite Blanche d’Évreux). Mais, veuf lui-même depuis quelques semaines, il se ravisa, trouvant qu’elle lui conviendrait tout aussi bien et il l’épousa le 19 janvier 1350, malgré les 40 ans qui les séparaient. Il mourut quelques mois plus tard. La jeune femme, enceinte, se vêtit alors tout de blanc, comme il convient aux reines qui prennent le deuil. Et se retira dans ses seigneuries de Normandie qui constituaient son douaire, et particulièrement en son château de Neaufles. De là, elle arpentait les chemins longeant la Lévrière, et on pouvait la voir, avec ses familiers, passant par Bézu-Saint-Éloi, Saint-Denis-le-Ferment pour aboutir, plus haut, à Hébécourt. Pieuse, chaste, belle, honnête, douée de compassion, cultivée et fine politique, Blanche reçut le surnom de Belle Sagesse. Elle est connue pour avoir laissé un exceptionnel testament dans lequel elle répartit ses biens entre sa royale parentèle: 4 tableaux sur bois, 22 reliquaires, 22 joyaux, 11 garnitures de lit, 40 livres, manuscrits, psautiers, et autres bréviaires... Elle s’éteignit à Neaufles, âgée de 67 ans, en 1398.

Donjon de Neaufles-Saint-Martin

Un siècle avant que la belle Blanche de Navarre réside à Neaufles, son ancêtre, Blanche de Castille, la mère de Saint Louis, y aurait séjourné à la mort de son époux, le roi Louis VIII en 1226.

Photos G.Poisson Copyright